Et si je continuais à rêver?

C’est avec ce texte que tout a commencé. Certains d’entre vous l’ont déjà lu, mais puisque maintenant le concours est terminé, il me semblait normal qu’il apparaisse aussi sur mon site… C’est une histoire qui me tient vraiment à cœur et avec laquelle j’ai envie de vivre de nouvelles aventures. L’étoffer et la transformer en scénario par exemple…Je l’imagine…Je me plais à rêver…Le projet, rien de tel pour avancer !

 

Le Passeport d’Ana

Ana adorait cet endroit. Elle s’y ressourçait comme nulle part ailleurs. Elle se sentait sereine, en toute confiance, comme enveloppée. Elle aimait voir les vagues venir s’échouer à ses pieds.

Pour son anniversaire, elle avait décidé de s’offrir cette petite parenthèse à La Rochelle, loin de tout et de tout le monde. Quelques jours juste avec le ciel, la mer et un bon roman. Cet hôtel face à l’océan, était l’endroit idéal pour faire le vide, pour se recentrer sur l’essentiel. Elle commençait à se sentir fatiguée. Lasse de cette vie de célibataire. C’était le moment de repenser sa vie, elle le sentait. Depuis quelques mois déjà, elle avait la sensation que son existence allait changer du tout au tout, elle ne savait pas encore comment ni pourquoi, mais un sentiment très fort l’avait poussée jusqu’à se retrouver là aujourd’hui, seule, face à la mer.

Pas si seule à vrai dire, puisque les vacances de Pâques venaient de commencer et avec elles son flot de touristes venu chercher les premiers rayons de soleil de l’année. A côté de sa table, un groupe de retraités qui prenaient, comme elle, un petit déjeuner tardif sur la terrasse de l’hôtel. Un peu plus loin, un homme seul, semblant être absorbé par son journal, et ne levant les yeux que pour les envoyer au loin, vers le phare du bout du monde. Cet homme était arrivé ce matin et dès le premier regard, elle avait eu envie de lui parler. Cela faisait un peu cliché, mais elle avait l’impression de le connaître depuis toujours.

Se sentant observé, il tourna la tête vers Ana, et sans hésiter vint la rejoindre à sa table.

Il posa sa tasse de café et lui tendit la main :

« Oscar

–       Ana

–        Je peux me joindre à vous ? Vous êtes la seule personne en dessous de 80 ans ici ! »

Ce n’était pas la plus belle des entrées en matière, mais étrangement, elle se sentit immédiatement à l’aise avec cet homme.  Elle accepta. Ils échangèrent quelques banalités sur le temps, la ville, la mer, puis en vinrent rapidement à parler d’eux, de leur vie, de leurs projets, de leurs espoirs. Ils avaient des enfances, des trajectoires très différentes, mais au fond ils se ressemblaient étrangement. Elle d’ordinaire si pudique, se confiait à cet inconnu comme à un journal intime. Il était spontané, enthousiaste, et à cet instant, être avec lui était la seule chose qui lui importait.

Les heures défilèrent sans que l’un ou l’autre ne pense à s’échapper.

Puis il lui fit la proposition la plus incroyable de sa vie…

« Ana, je n’ai pas envie de vous quitter, mais je dois partir. Mon avion part ce soir, je sais que c’est dingue, mais accepteriez vous de m’accompagner ? »

Elle pensa qu’il fallait surtout ne pas réfléchir, ne pas penser à ce qu’allait dire sa mère, ses copines. Des trucs barges elle en avait déjà fait pas mal, même dangereux parfois, comme lorsqu’elle faisait le mur adolescente, mais là…Suivre un inconnu au bout du monde. Enfin, il n’avait pas l’air d’un grand délinquant, se dit elle, un aventurier tout au plus !

Sans prendre le temps de se poser, de rationaliser, elle s’entendit juste répondre :

« Oui »

Le serveur leur apporta une coupe de champagne pour fêter cet événement, puis Oscar la pressa de faire sa valise, le temps était compté. L’avion n’attendrait pas.

C’était complètement fou, elle le savait, mais au fond, elle ne risquait pas grand chose ! Au pire… non, elle ne voulait pas imaginer le pire. Au mieux, qui sait, elle partait peut être pour la plus grande aventure de sa vie… Elle prit une profonde inspiration, regarda le ciel, et vit, comme un signe, un avion y tracer une jolie ligne de vie. « C’est maintenant que tout commence » pensa-t-elle, et elle se mit à courir jusqu’ à sa chambre. Il fallait faire vite, rassembler ses affaires, faire sa valise et retrouver Oscar. Elle commença par son sac. Il semblait déborder de papiers, de photos, de souvenirs, de choses inutiles ; elle y trimballait toute sa vie, et finalement la vie était ailleurs. La seule chose dont elle avait vraiment besoin maintenant c’était de retrouver ce satané passeport. Elle n’arrivait pas à mettre la main dessus. Paniquée, elle finit par tout renverser sur le lit et tria, sans succès ! L’aventure n’allait tout de même pas s’arrêter là pour un détail aussi bête ! Elle ne comprenait pas, elle l’avait toujours sur elle…Soudain elle comprit et fut soulagée instantanément…bien sûr son passeport était là… à la réception de l’hôtel…on le lui avait demandé à son arrivée !

Elle descendit les escaliers quatre à quatre, le temps pressait, dehors Oscar l’attendait. Elle arriva essoufflée devant le réceptionniste et lui réclama son passeport, il la regarda d’abord étonné, puis une vague de tristesse sembla s’emparer de son visage.

« Pourquoi désirez vous votre passeport ? »

Agacée par cette question, et pressée par le temps, Ana qui d’ordinaire ne s’énervait jamais se mit à hurler :

« Donnez moi immédiatement ce passeport ou bien j’appelle le directeur de l’hôtel. Je dois quitter immédiatement votre établissement, je suis pressée, regardez, ce monsieur m’attend dehors depuis au moins une heure !».

Calmement le réceptionniste fit le tour de son comptoir, passa un bras familier autour des épaules d’Ana et doucement, comme à une enfant blessée lui expliqua :

« Enfin Ana, vous n’allez pas recommencer ! S’il vous plait, vous savez bien…Vous n’êtes pas dans un hôtel mais dans une maison de retraite. Il n’y a personne à vous attendre dehors. Je peux vous assurer que vous avez passé la journée seule ; je vous ai même apporté votre médicament  tout à l’heure, je vous jure qu’il n’y avait personne avec vous. »

Ana arriva juste à articuler :

« Mais enfin…Oscar va partir sans moi…

– Ana, combien de fois faudra t’il vous répéter qu’Oscar, votre mari, est mort dans un accident d’avion il y a plus de 30 ans. Je vous en prie Ana, reposez vous et oubliez cette histoire de passeport, nous sommes en 2052… il y a bien longtemps que le votre est périmé… ».

 

 

 

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