Soirée pourrie, merci qui?

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Je recevais hier soir une amie de longue date que je n’avais pas vue depuis au moins 4 ans.
Nous savons tous que la vie nous éloigne parfois de nos proches, comme ça, sans que l’on s’en rende vraiment compte.
Cette amie avait d’abord été une collègue à mon arrivée sur Paris, puis très rapidement, nous avions mutualisé nos énergies et nos envies communes pour mettre en place beaucoup de projets. Mais tout s’est compliqué à l’arrivée de ma Merveille. Il tombait toujours malade au dernier moment, elle devait souvent assurer à ma place. Quand elle était avec moi il monopolisait mon attention pire qu’avec personne d’autre. Un jour, alors qu’il commençait à peine à maitriser le langage, il m’a dit clairement : « Je ne l’aime pas » (enfin c’était davantage Aime pas moi !).
Puis nos carrières respectives ont fait le reste, des régions différentes, des emplois du temps chargés, des vies de famille à gérer. La vie quoi.
Aussi quand la semaine dernière, au détour d’un texto « News », elle m’a annoncé qu’elle serait Lundi sur Paris, mon super-héros-de-mari étant en réunion hyper tard, j’ai sauté sur l’occasion pour l’inviter à diner… Un bon apéro entre copines, comme dans le bon vieux temps, c’était alléchant.

C’était sans compter sur la Merveille des merveilles…

Mon amie arrivant dès 17H30, le petit chéri avait juste eu le temps de prendre son goûter après l’école, mais pas de faire ses devoirs.
Trois petits problèmes de Mathématiques, une histoire de 5 minutes.
Enfin, d’habitude.
J’avais l’impression d’avoir un autre enfant face à moi, comme si le cancre de service avait décidé d’habiter son corps, juste là, maintenant, pour m’embêter, il ne comprenait rien, relisait les phrases plusieurs fois, ne savait pas poser une opération simple. J’étais à deux doigts d’appeler un exorciste ! Mais j’ai décidé de rester calme malgré tout et cela a du finalement le décourager, puisqu’il a fini par retrouver la raison et a terminé ses devoirs avant l’heure de l’apéro.
Je lui ai, à ce moment, délivré la phrase magique, celle qu’il attend de moi tous les soirs et que je ne prononce qu’en de rares occasions : il est 18H15 (ah ouais quand même 45 minutes pour faire 3 problèmes de maths…) et exceptionnellement tu as le droit d’aller regarder la télé, mais en haut. Je m’attendais à une explosion de joie, une chorégraphie de la victoire, un baise pieds, mais non, rien de tout cela. Il a baissé la tête penaud, et a trainé les pieds comme si je l’envoyais au bagne.

J’ai quand même pu sauter sur la bouteille de rouge servir tranquillement l’apéro, avant qu’il ne redescende pour me dire que le décodeur n’était pas allumé. Je précise que cet enfant, comme beaucoup de sa génération sait mieux se servir de tous ces appareils technologiques que beaucoup d’adultes ! Mais bref, j’avais décidé de ne pas m’énerver aussi suis-je gentiment montée lui allumer le dit décodeur.
Nous allions pouvoir commencer notre soirée filles.
Bla bla bla.

« Maman je peux prendre l’apéro avec vous ? » bien appuyé du petit regard qui te culpabiliserait Vladimir Poutine en personne.
– Mais bien sûr mon amour ».
Et là je vois ce petit monstre manger mes croustillants au sésame, comme s’il n’avait rien avalé depuis une semaine ; juste au dessus du bol, pour ne pas faire de miettes ; délicate attention me direz vous sauf quand on a eu une gastro tout le week end, que l’invitée le sait et qu’il en reste encore beaucoup dans le bol… J’hallucine de le voir, lui, ce petit garçon dont tout le monde loue les bonnes manières et la politesse depuis des années se comporter comme un petit animal sauvage. Je me sens bouillir.
Je lui propose à nouveau de monter soit jouer dans sa chambre, soit lire, soit regarder un dessin animé quand un éclair de génie me traverse l’esprit : l’IPad…
« Et si tu montais jouer à Minecraft ?
– Mais Maman je n’ai pas droit en semaine.
– Oui mais là tu peux, vas y. »
Je suis à deux doigts de l’expulser à la Léonarda, mais je garde mon calme encore une fois. Vous avez remarqué comme je suis Zen ?
Nous reprenons le fil de nos discussions passionnantes de filles.
Bla bla bla.

Je sens comme une présence, genre Evil Dead quand ils sont perdus dans les bois. Un truc qui roderait en silence.
Je me lève.
Mon fils n’est pas dans sa chambre.
Il est dans le couloir, devant la porte du salon, par terre. Il se délecte de nos conversations, tel un James Bond de bac à sable.
« Que fais tu là ?
– Je suis pauvre. Je joue par terre comme un pauvre. »
Je pense que ces mots me feront rire un jour. Mais pas là. Je lui ferme la porte au nez.
Je l’entends monter.
Je culpabilise.
Je monte voir si tout va bien.
Bien sûr qu’il va.

Au moment de se mettre à table, il arrive en réclamant des gouttes de Zyrtec, il sent une réaction après les graines de sésame, puis il note que mon amie est attablée et lâche un :
« Tu ne m’avais pas dit qu’elle mangeait là !
– Et depuis quand ai je des comptes à te rendre petit con ?
Le ton n’est pas méchant, il est juste spontané, donc mon amie ne s’en offusque pas, mais j’ai honte quand même. A cet instant, j’aimerais être ailleurs.
Nous commençons à manger et discuter tous les trois ; quand, tout à coup, il se tord le visage (dieu qu’il sait être expressif) en disant qu’il a envie de vomir.
Je lui conseille donc gentiment d’aller aux toilettes. Ce qu’il fait.
Il revient. Et recrache toute son énorme bouchée dans son assiette en pleurant.
A ce moment précis, où tout semble partir en vrille, je pense à l’excellente Marie Perarnau et son succulent billet :

(http://www.mamanstestent.com/2013/09/quand-vous-serez-grands-jirai-manger.html ) .

Je m’imagine aussi dans quelques dizaines d’années, attablée chez mon fils entouré de ses amis, recracher mon dentier dans la soupe. Tout ça me détend et m’aide à prendre les choses avec légèreté.

Il se calme et demande à aller s’allonger dans sa chambre.
Je saute sur l’occasion pour terminer mon diner avec mon amie, qui doit à ce moment se dire que mon petit monstre n’a pas changé.
Si elle savait.
Si elle savait comme il est toujours adorable, si elle savait la vivacité d’esprit qui est la sienne, l’humour qu’il manie à merveille et la politesse dont il fait preuve en règle générale.
En règle générale, mais pas ce soir.

Ce soir il a décidé de nous pourrir la soirée, purement et simplement.

Il enchaine donc à l’étage, avec des larmes et une vraie question existentielle hurlée du palier:
« Mais pourquoi ai je donc des allergies ? J’en ai marre de mes allergies »
Je commence à perdre patience.
Je monte (vous avez compté les allers retours ? c’est bon pour mes abdos fessiers tout ça !). Je lui dit que ses allergies sont bien gérées depuis au moins 4 ans et que tout se passe bien donc maintenant il faut qu’il se CALME, COMPRIS ?
Il redescend donc tout calme, muni d’une BD des « P’tits diables » (ça ne s’invente pas !) , et commence à être vraiment lui et à échanger avec nous.
Sauf que pour moi, c’est trop tard. Ma soirée est gâchée. Je n’aspire qu’à une chose, me retrouver seule.
Mais il parle, trop.
Elle parle, trop.
Je n’en peux plus, en moi tourne en boucle cette douce musique :

Et c’est ce moment que Monsieur la Merveille des merveilles, choisit pour nous sortir la phrase de la soirée :
« Dites les filles, pensez vous que la psychologie est essentielle ? ».
Comment te dire mon fils, comment te dire…

3 réflexions sur “Soirée pourrie, merci qui?

    • Sur le moment je lui ai juste dit que je n’étais pas contente de son comportement, il n’a pas eu l’air de comprendre. Je ne voulais pas me battre je voulais qu’il dorme. Mais hier nous avons parlé tous les trois et évidemment son point de vue est différent. Pour lui il était « vraiment » malade, etc… Mais nous avons bien tourné les choses afin de le faire comprendre que c’est inadmissible, et crois moi il a compris. Pour enfoncer le clou, la prochaine fois qu’il reçoit un copain, je me couche par terre devant la porte de sa chambre, il aura bien honte, Na!

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