Lettre à ma fille

Tu serais née en 2007 ou 2008, en Mai, comme moi ; histoire de faire comme ton frère qui est né en Janvier comme Papa ! Nous t’aurions appelée Joséphine, Ana ou Suzanne. Ton frère aurait proposé Tinky Winky, Dipsy, Laa Laa ou Po, seuls prénoms qu’il connaissait à l’époque…

Tu aurais été un Mini Moi, et puisque tout le monde ne cesse de répéter : « c’est impressionnant » comme ton frère est « le portrait caché » de ton père; nous aurions formé ainsi, deux jolies paires de « Nous ». Par dessus tout, j’aurais aimé que tu aies mes yeux. Verts. Les mêmes qui s’éclaircissent avec le soleil et les beaux jours. Les mêmes qui s’adoucissent lorsqu’ils se posent sur les êtres aimés. Les mêmes qui pétillent dès qu’il y a une bêtise à faire ou à dire. Parce que oui ma chérie, je crois que tu aurais été une sacrée petite coquine. Espiègle, intrépide, limite garçon manqué, comme je pouvais l’être enfant. Tu aurais bousculé ton grand frère devenu si prudent, presque peureux. Tu aurais su aider ce petit bonhomme victime de ma faiblesse.

Tu aurais mis au pas les garçons de ta classe et ceux de ton salon. A commencer par ton père bien sûr, que tu aurais rendu gaga ! Il t’aurait tout passé, il aurait fondu devant chacune de tes moues boudeuses ; et parfois peut être, je t’aurais jalousée d’avoir subrepticement dérobé ma place de princesse dans le cœur de mon grand amour.

Petite, tu m’aurais demandé d’attacher tes mèches blondes avec plein de barrettes de fées, de princesses et autres héroïnes de dessins animés ! J’aurais craqué dans tous les magasins pour t’habiller, j’aurais joué avec toi à la poupée, à la dinette, me moquant du débat sur la théorie des genres ! Tu nous aurais invités à prendre le thé, nous aurions été beaux tous ensemble ; une belle brochette de convives : toi, tes poupées, ton frère et ses Hero Factory, tes parents et leur bonheur. Le bonheur de voir leurs enfants grandir ensemble.

Ton grand frère est un si gentil petit garçon tu sais, toi aussi tu l’aurais adoré. Bien sûr que tu lui aurais piqué ses jouets. Bien sûr qu’il t’aurait un peu tapée. Bien sur que je vous aurais souvent séparés. Mais il y aurait eu un lien. Fort. Indestructible. Tu aurais eu un grand frère, il aurait eu une petite sœur. Ce roc auquel on s’accroche en pleine tempête. Celui qui fait qu’on n’est pas seul lorsque les parents s’en vont.

Et puis mon trésor, tu aurais grandi. Le petit garçon manqué serait devenu une très jolie jeune fille. CHIANTE. Ton adolescence aurait sans doute transformé nos repas en joutes verbales, tu aurais claqué les portes, tu aurais fait de moi une conne de mère has been… Ton frère m’aurait consolée, t’aurait raisonnée. Nous aurions laissé le temps au temps.

Un jour, sans que je n’aie vu les années défiler, excepté dans mon miroir, ton frère aurait ramené une bombe à la maison. Une pétasse. Brune. Je l’aurais détestée. Toi aussi. Ensemble nous l’aurions critiquée. Ton père nous aurait grondées. Nous aurions continué. Puis la nouvelle serait tombée : ton frère, mon bébé, ma merveille, ce traitre aurait épousé cette brune.

Passé la douleur égoïste provoquée par cette annonce, nous aurions vite vu le bon côté des choses : le shopping ! Ah ma puce, une fois de plus, bras dessus, bras dessous, nous aurions arpenté les boutiques ensemble, juste toi et moi dans une osmose que notre autre paire de « Nous » n’aurait jamais comprise. Ensemble dans les magasins pour trouver deux, trois tenues en vue de cette magnifique journée. Histoire de voler la vedette à la Brune…

Parce que depuis votre enfance ton frère et toi auriez été inséparables, votre désir de vouloir toujours tout faire au même moment vous aurait poussés à faire à votre tour des enfants. Des petits cousins du même âge.

Vous auriez fait de moi une grand mère.

Une grand mère avec du temps, une grand mère qui raconte des histoires, qui mime les animaux, une grand mère un peu folle mais aimante, et si fière. Je sais ma Poussinette que lorsque tu serais devenue mère à ton tour tu te serais rapprochée de moi, comme je l’ai fait avec ta grand mère, comme elle l’a fait avec sa mère avant nous. C’est comme ça. Un lien mère-fille. Inexplicable. Incomparable. Tu m’aurais demandé conseil, tu m’aurais confié ton enfant. Tes enfants.

A la différence des enfants de ton frère qui iront chez l’autre. La grand mère Brune.

Quand ton frère partira, oubliera peut être tous ces moments partagés tous les deux, cette formidable complicité qui nous lie déjà si fort alors qu’il a à peine 9 ans ; la vieille femme que je serai, probablement regrettera.

Je regretterai de ne pas avoir eu le courage. Le courage de recommencer une grossesse horrible, le courage de subir un nouvel accouchement abominable, le courage de me replonger dans les couches et les biberons. Le courage d’affronter cette peur tenace d’être incapable d’aimer un autre enfant aussi fort que j’aime ton frère. J’avoue je n’ai pas eu le courage de remettre en cause cet équilibre que nous avons tous les trois. J’ai voulu garder une main de libre pour ton papa. Un jour je regretterai sans doute de ne pas t’avoir donné vie ailleurs que dans cette lettre.

J’espère que tu me pardonneras, j’espère que je me pardonnerai.

Ta Maman qui t’aurait tant aimée.

11 réflexions sur “Lettre à ma fille

  1. oh c’est beau madame… J’ai versé ma petite larme.. Mais tu sais il peut y avoir de très belles relations entre une mère et sa belle-fille ; Qui sait ce sera peut-être la fille que tu n’as pas eue..Par contre le fiston il a intérêt à bien choisir sa promise ! Tu y veilleras…

  2. Bonjour, je suis une toute nouvelle blogueuse et je ne vous connaissais pas jusqu’à ce que Carène (desmotsetmoi) me parle de vous et de ce billet, billet que je ne pouvais pas ne pas commenter… En lisant vos mots je me disais que j’aurais pu les écrire… Merci d’avoir mis par écrit ce que je ressens parfois au fond de moi… Merci.

    • Merci Angélique. Je ne pensais pas en écrivant de billet qu’il ferait autant écho. J’ai l’impression que nous sommes beaucoup à penser cela…
      Merci en tout cas d’avoir pris le temps de lire et de commenter. Si tu es une amie de Carène, tu es forcément quelqu’un de bien 😉

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