Fallait pas arrêter la Psy!

Source: Twitfond.com

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Je me pensais guérie. Libérée (délivrée !) de mes angoisses. Débarrassée de mes casseroles. Désintoxiquée du stress maternel.

Puis il y a eu cette phrase. Ces mots inoculés lors d’une réunion d’informations.

Cette phrase comme un shoot. Ces mots tendus comme la cigarette qu’on propose à celui qui a arrêté depuis 10 ans. Il sait qu’il ne faut pas, mais…

Je suis une femme intelligente. Enfin, disons que quelques lueurs de lucidité arrivent parfois à se frayer un chemin à travers mes mèches blondes. Mais là, il n’y a plus de raisonnement. J’ai beau me dire que non, que c’est trop con. Qu’après toutes ces années à y réfléchir, à en parler, à m’en libérer (délivrer), je ne peux pas, mais vraiment pas succomber à nouveau.

Je l’avoue.

J’ai honte, mais je l’avoue ; cette putain de phrase m’a fait replonger direct :

« En Mars, toute la classe partira en classe de neige ».

Allez y, moquez vous.

Mais qui a eu cette idée débile de m’arracher mon bébé de 9 ans pour l’amener dans cet endroit si hostile ?

Ils ne pouvaient pas faire une classe de neige sans neige ? Pas loin ? Genre à la maison. Avec moi. J’aurais préparé le chocolat chaud et la raclette, j’aurais fait ma meilleure imitation de Josiane Balasko, j’aurais même été jusqu’à balancer mon Scrabble par la fenêtre. Mais bordel de merde pas la montagne, pas si loin, pas sans moi.

J’ai bien pensé louer en loucedé un petit appart juste à côté avec une paire de jumelles très puissantes, mais mon mari m’a menacée d’internement.

Alors je me résigne. Comme Josiane : « J’y vais mais j’ai peur ! ».

J’ai peur que le train déraille.

J’ai peur que le bus tombe dans un ravin.

J’ai peur que mon fils tombe du lit superposé !

J’ai peur qu’il ait trop froid la nuit.

J’ai peur qu’il ait trop chaud la nuit.

J’ai peur qu’il ne mange pas à sa faim.

J’ai peur que ses chaussures de ski soient trop grandes et qu’il tombe.

J’ai peur que ses chaussures de ski soient trop petites et que ça le serre.

J’ai peur qu’on oublie de lui mettre un casque.

J’ai peur qu’il tombe et se casse quelque chose.

J’ai peur qu’on lui tombe dessus et que ce soit terrible.

J’ai peur que les autres se moquent de lui et qu’il ait de la peine.

J’ai peur qu’il ait peur de faire du ski.

J’ai peur qu’il adore le ski et nous oblige à y retourner.

J’ai peur qu’il oublie de mettre de la crème et que sa peau soit brûlée.

J’ai peur qu’il fasse des cauchemars et que personne ne le console.

J’ai peur qu’il laisse ses vêtements en boule et qu’ils soient mouillés.

J’ai peur qu’il soit malade et que personne ne le soigne comme sa maman.

J’ai peur qu’une petite conne lui brise le cœur à la boum du dernier soir.

J’ai peur qu’il déteste cette semaine à la montagne.

J’ai peur de lui manquer.

J’ai peur qu’il adore cette semaine sans moi.

J’ai peur de ne pas lui manquer.

J’ai peur qu’il soit heureux sans moi.

J’ai peur qu’il grandisse et n’ait plus besoin de moi.

Oui, c’est peut être cette dernière la vraie peur finalement.

Lorsque j’étais enceinte de lui, j’avais fait travailler mes étudiants sur le thème de l’éducation (super original !!!) et l’un d’entre eux m’avait écrit :

« Elever un enfant, c’est savoir lui donner des racines et des ailes ».

J’ai trouvé cette phrase d’une extrême justesse. Et vraiment je tente de la faire mienne. Mais à l’épreuve du temps et de nos expériences et histoires personnelles, le dosage est tellement difficile à faire.

Alors si j’arrive à sourire de certaines de mes angoisses énoncées et assumées, je crois que la plus forte d’entre toutes et le plus gros challenge est d’accepter.

Accepter que mon enfant grandisse.

Accepter de lui faire confiance.

Accepter ces capacités à être autonome.

Accepter qu’il puisse s’en sortir sans moi.

Accepter qu’il trouve lui même la solution.

Accepter qu’il sache s’adapter à la situation.

Accepter qu’il puisse tomber (mais pas trop fort dites !)

Accepter qu’il puisse se relever seul.

Accepter qu’il puisse apprendre seul, de ses erreurs.

Accepter qu’il puisse être heureux sans moi.

Finalement cette classe de neige est une opportunité pour nous faire grandir tous les deux. Et de le voir si heureux de partir me met du baume au cœur. Mais même si là devant vous je fais ma petite maline ; je n’en mènerai pas large à la gare quand il partira rejoindre ses copains peut être sans un regard, sans un bisou, parce que c’est trop « la honte de la mort qui tue ».

Je ferai ma fière genre, « Ouais trop cool on va aller bruncher avec Papa ! ». Mais dès que le train partira, que mon petit sera loin de mes yeux, je ne suis pas sûre de pouvoir retenir mes larmes.

6 jours sans lui.

6 jours sans sa voix.

6 jours sans son odeur.

6 jours sans câlins.

6 jours sans bisous.

6 jours sans sa petite main dans la mienne.

Je crois que je suis accro, c’est grave docteur ?

Vous me remettrez bien une petite séance…

 

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11 réflexions sur “Fallait pas arrêter la Psy!

  1. Je vous comprends totalement… Le mien a 3 ans et est dans sa phase « je ne suis plus un bébé » et ce n’est pas facile de le voir grandir… Mais finalement même si on les laisse prendre leur envole, qu’ils aient 3 ans, 9 ans, 20 ans ou 30 ans ils resteront toujours nos bébés…

  2. Tu es ma jumelle cosmique. Je partage absolument tout, je glousse tout en tremblant avec toi. J’espère qu’il n’y aura aucune classe de rien avant le collège, je pense même que si je pouvais choisir l’école sur ce critère je le ferais. Et en plus je peux pas blairer le ski, parce que la neige elle est trop molle pour moi.

    • Jumelle cosmique: j’adore!
      Tu sais que je voulais le changer d’école juste pour le CE2…
      Je déteste également le ski. Mettre une énorme doudoune avec laquelle tu ressembles au bonhomme Michelin, des chaussures qui pèsent une tonne et porter tes skis comme un âne, mais quelle horreur! Les vacances c’est un maillot, une serviette et un bon bouquin…
      Je suis dans un état… Faut vraiment que je me calme!

  3. je suis émue..faut dire que tu as reveiller mes terreurs et que je me vois deja panquer dans quelques annees…je suis tout a fait de coeur avec toi (je sais pas quoi dire ,je suis toujours émue )

  4. Pingback: Et là, c’est le drame… | Blonde de Femme

  5. Je commente avec un an de retard mais je suis tombée sur cet article par hasard.
    Ma fille de 9 ans va bientot partir en classe de neige et ma première réaction a été « pourquoi si tôt », « pourquoi la neige » (peur du verglas et des accidents). Je n’ai pas envie de la laisser partir, je vais très mal dormir pendant une semaine mais je sais également que ce sera une bonne expérience pour elle.
    Merci, je me sens moins seule et un peu plus normale!
    Gwen.

    • Si ça peut te consoler, mon fils est revenu enchanté…. Et c’est bien ça le problème!!!! Il a tellement aimé que nous y retournons cette année en famille, alors que nous détestons ça, parce que bien sur la colonie de vacances était au dessus de mes forces!!! Ça fait un an et il ne se passe pas une semaine sans qu’il n’en reparle, être avec les copains sans les parents, ça les fait grandir… Allez courage, tu n’es pas seule!

  6. Arrivée ici par chez Mentalo, je me permets de préciser que l’étudiant qui disait qu’éduquer un enfant, c’est lui donner des racines et des ailes plagiait tout simplement une phrase de Goethe (avec laquelle je suis très d’accord).

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