Rendez vous en terre inconnue

DSC00254

Fred doit passer me chercher. Je suis dans tous mes états. Il y a longtemps que j’ai dit « Oui » pour tenter cette aventure, mais sans y croire vraiment. Un peu comme on dit oui à une invitation à diner, comme ça, dans l’ambiance et quand le mec appelle vraiment on regrette amèrement la coupe de champagne de trop, celle qui bien sûr nous a fait accepter…

Bref, j’ai dit oui à Fred et là il doit arriver.

Tout est calé depuis longtemps. Enfin surtout pour lui, moi je suis censée ne rien savoir.

Je sais que je pars, mais je ne sais pas où. Je sais que je dois lui faire confiance, sans trop savoir pour quoi exactement. Je dois lâcher prise, complètement. Facile sur le papier.

La partie la plus drôle a bien sûr été celle des essayages, des tenues légères, des tenues de soirée, des shorts, des parkas, des moon boots. Dieu que je déteste avoir froid, j’espère qu’il ne m’emmène pas dans un endroit glacial, je serais capable d’en mourir.

C’est lui qui a préparé mon sac. Et rien que ça me fait complètement flipper. Ne pas contrôler mon bagage. C’est toujours moi qui m’occupe de ça à la maison. Chaque fois que l’on part c’est toujours le même rituel, je prépare des listes pour ne rien oublier. Je prépare différentes tenues en fonction du temps annoncé, je check toutes les heures la météo à 12 jours pour actualiser ma valise. Je prépare tous les médicaments susceptibles de parer à tout imprévu sanitaire, de l’ampoule à la diarrhée aigue et puis je dispache. Nous sommes 3, donc trois valises avec des tenues de chacun pour chaque moment de la journée dans chaque valise. Les médicaments aussi sont éparpillés dans les 3 bagages, comme ça si la compagnie aérienne égare une ou deux de mes précieuses valises, il en reste toujours une… Pas si blonde…

Mais là je n’ai pas contrôlé mon sac et j’en suis angoissée au plus haut point.

Mais je ne peux pas me dégonfler, pas maintenant. J’ai un peu fanfaronné sur la chose voyez vous. Disons que tout le monde est informé, dans un rayon d’à peu près 10 000 kilomètres.

J’ai préparé mon testament, donné les mots de passe de mon blog chéri, pour pouvoir le faire imprimer et le donner à mon fils quand il sera grand, qu’il sache quelle maman merveilleuse il avait. J’ai préparé toutes les musiques pour mon enterrement. Je me suis même fait pleurer toute seule en imaginant mes proches en larmes : « On lui avait dit pourtant de ne pas y aller, mais elle était tellement courageuse… ».

Quand sa voiture se gare devant chez moi, je suis donc au summum de ma forme.

Il me demande si je suis prête. Prête je suis petit scarabée. La sagesse même.

Il me pose le traditionnel masque sur les yeux. Le noir complet. OK.

Il me pose l’inévitable casque sur les oreilles. C’est la playlist que j’ai préparée pour l’occasion. La même que pour l’enterrement. Ambiance.

Nous avançons donc vers l’inconnu, je perds au fur et à mesure toute notion du temps et des distances. Il a décidé de ne rien me dire jusqu’au bout, d’attendre la dernière seconde pour me délivrer de l’agonie du doute.

J’imagine donc toutes les situations, les pires bien entendu. Je me vois gravir une montagne en pleine tempête. Je m’imagine ingurgitant toutes sortes d’insectes grillés.

Soudain je visualise l’horreur de mon corps à moitié nu se roulant dans de la glaise. Je sens que je vais vomir.

Puis, notre voyage prend fin. Brutalement. Reggiani stoppe net dans mes oreilles, mais le noir demeure, me privant encore d’un sens pour décupler les autres.

Mon odorat est le premier en alerte. Une forte odeur se dégage, une sorte de sueur mêlée de je ne sais trop quoi. Des souffles brusques, des grognements rauques.

J’ai peur.

Je dois être au milieu d’animaux sauvages, il ne faut pas que je leur montre mon angoisse. Je comprends que jamais je ne suis allée dans un tel endroit. Tout m’est inconnu, je ne reconnais rien, je suis perdue. J’aimerais m’enfuir mais je sais que c’est trop tard.

Fred me demande si je suis prête. Prête à vivre cette aventure extraordinaire.

Je suis loin d’être prête bordel de merde, mais je sens mon visage faire un mouvement de bas en haut. Alors il retire délicatement le masque.

Et là je découvre l’horreur. Je sais que rien ne pouvait m’arriver de pire. Je regrette le froid et les montagnes, je réclame les araignées et les serpents. Mais c’est trop tard.

Fred, mon ami de toujours a osé m’emmener dans une salle de sport…

7 réflexions sur “Rendez vous en terre inconnue

  1. Mdrrrrr mais mdrrrrr
    en tout cas quelle organisation lors de t déplacements. Lol
    une salle de sport??? ooooh pitain quel sal&$@

  2. Ami de toujours mon cul. Question subsidiaire : puisque ce mec semble être un pervers, est-ce qu’il t’a filmé quand tu as retiré le masque et découvert l’horreur (j’en frémis encore) ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s