…Reviens, ils sont devenus fous!

Il s’appelait Thierry, il avait 26 ans. J’en avais 19.

Je crois que j’étais un peu amoureuse de lui. Pas le grand amour qui vous bouleverse, non, juste un petit béguin comme disent les vieux…Le petit pincement au cœur qui met des oiseaux dans le quotidien. Il n’était pas particulièrement beau. Un mélange de Coluche et de Christophe Bourseiller jeune. Pour les trentenaires ya Google.

Il n’était pas particulièrement beau, mais il me fascinait. Je serais restée des heures à l’écouter parler. D’ailleurs c’est ce que j’ai fait pendant 10 mois. Je l’ai écouté parler avec la plus grande des attentions, et j’ai appris, beaucoup.

Il est entré dans ma vie un matin de Septembre 1990.

Il est entré, il n’a rien dit, il a juste écrit : « Faire de sa vie une œuvre d’art », puis il s’est assis et il a attendu.

J’étais en Terminale et Thierry était mon prof de philo. Un remplaçant arrivé deux semaines après la rentrée, il n’était même pas diplômé. Mais il était si doué.

Chaque minute des ces huit heures par semaine passées avec lui, chaque minute de ses discours, chaque minute de ses interrogations, chaque minute m’a marquée, à vie.

Il m’a appris à me poser. Il m’a appris à réfléchir. Pour la Taureau soupe au lait que je suis, il m’a appris à analyser chaque situation avant de réagir, et puis surtout, j’ai compris avec lui ce qu’était la liberté d’expression et à quel point elle était importante.

Cette année là, j’ai découvert une phrase de Voltaire qui restera à jamais ma citation préférée : « Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dîtes, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez le dire ».

Je ne savais pas encore qu’un jour cette liberté si précieuse serait en péril.

Je commence à être une vieille conne certainement parce que je regarde en arrière et je me dis que c’était mieux avant.

Avant, quand tu pouvais voir ça à la télé :

Ou ça :

Avant, j’ai l’impression que tu pouvais tout dire, partout. Bien ou mal.

Aujourd’hui, j’observe ce qui se passe autour de moi, je ne vois que des émissions aseptisées, où tout le monde pense la même chose, où le vouvoiement est de rigueur alors que les mecs partent ensemble en vacances ; j’ai l’impression de vivre dans un monde où tout n’est que langage de communication, manipulation, où tout doit être politiquement correct.

Et ça me désole.

Tu ne peux plus rien dire, sans que tes propos soient repris, déformés, amplifiés.

Je trouvais Twitter drôle et sympa au début. Aujourd’hui, même si j’ai l’habitude d’y dire des choses légères, j’ai l’impression qu’il faut que je fasse attention à tout. J’y ressens de l’agressivité, des gens prêts à bondir, et ça m’ennuie.

Alors que beaucoup se prénommaient Charlie en Janvier, combien seront ils dans 6 mois, deux ans?

Je suis une vieille conne, certainement, mais je m’inquiète de ce monde dans lequel je tente, je dis bien, je tente, d’élever mon fils.

4 réflexions sur “…Reviens, ils sont devenus fous!

  1. Dingue ! Maintenant que tu le dis, oui je réfléchis aussi avant de poster quelque chose sur les réseaux… comment telle ou telle phrase peut être (re)prise, déformée, amplifiée… (ah tiens je te cite sans même m’en rendre compte).
    Tu es une littéraire ?

  2. Comme je pense absolument la même chose que toi tu n’es ni vieille ni conne.
    Pas de « c’était mieux avant ». Ça voudrait dire que le respect et les libertés de choix, d’expression… font partie d’un passé enterré?
    Sûrement pas.
    Je me bats contre la censure, mais la pire pour moi est celle du bien pensant, la quotidienne, celle qui décide de te faire rentrer dans une petite case.
    Alors comme je le dis souvent, on ne discute pas avec une brouette, on la pousse.
    Je ne milite pas, ne revendique pas. J’essaie de donner à mes enfants un esprit ouvert. Grand ouvert.
    Un ami m’a dit il y a peu que pour toute chose il faut du courage, de la volonté. Et bien le rejet et la bêtise témoignent de la fainéantise de l’esprit.
    Bon courage à nos enseignants…
    « Ton alter ego de Twitter »

    • Comme ça me fait plaisir de te lire… Je ne m’y attendais pas et c’est comme un cadeau.
      J’ai trop de formes pour rentrer dans une case, et ça m’arrange 😉
      On ne discute pas avec une brouette, on la pousse, j’adore!
      Merci de ton passage ici, ça me touche.

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