La première fois

Automne

Je me souviens de ma première Barbie. Elle n’avait ni robe de princesse, ni fioritures particulières, elle portait juste un bikini vert, elle était blonde comme moi et ne me quittait jamais. Elle s’appelait Ma Barbie.

Je me souviens de ma première meilleure amie d’école, nous étions en maternelle et c’était pour la vie. Depuis bien longtemps nos chemins se sont séparés, nos parents eux, sont restés très liés. Elle s’appelait Carole.

Je me souviens de la première fois où j’ai vu ma maman enceinte, de cette chambre qui jamais n’accueillit le bébé attendu, de ce bébé que je n’ai jamais vu. Il avait pourtant un joli prénom.

Je me souviens, 7 ans plus tard, de la première fois où j’ai vu ma petite sœur adorée et de l’amour que j’ai immédiatement senti déborder pour elle. Cet amour si singulier que certains ont parfois du mal à comprendre. J’ai toujours été dans sa vie, mais je n’oublierai jamais le jour où elle est entrée dans la mienne. Elle s’appelle Floriane.

Je me souviens de mon premier vrai baiser. Celui où tu prêtes davantage attention à tourner la langue dans le sens des aiguilles d’une montre (comme tes copines t’ont dit de faire) qu’à l’émotion qu’il t’apporte vraiment. Il s’appelait Laurent.

Je me souviens de ma première boum. Celle où je ne devais l’invitation qu’à mon super radio cassette. Attention, double cassette. C’était la fille de mon kiné. Elle était en 3ème, moi en 6ème, elle s’était sentie obligée de m’inviter puisque je lui prêtais. Personne ne m’avait invitée à danser. Personne ne m’avait parlé. J’étais restée assise 3H à côté de mon radio cassette. Double cassette. Elle s’appelait la boum de Virginie.

Je me souviens de la première fois où je suis entrée en discothèque, accompagnée d’un homme qui venait de tomber pour la France. Il s’appelait Etienne. J’ai vu toutes ces lumières qui brillaient, ces gens qui riaient, qui dansaient, j’ai immédiatement aimé cette ambiance de fête. Peut être un peu trop. Je ne savais pas que j’y dilapiderais l’équivalent de l’achat de mon premier appartement. Ma préférée s’appelait Le Triolet.

Je me souviens de la première fois où j’ai trop bu. Il s’appelait Malibu Ananas.

Je me souviens de la première fois où j’ai senti un homme glisser subrepticement les doigts sous mon pull à col roulé, dans une salle de cinéma, devant « Portés disparus 2 ». Mon corps garde en lui cette sensation, à jamais. Il s’appelait Pierre André. On l’appelait PP.

Je me souviens de mon premier chagrin d’amour, celui dont tu crois que tu ne te remettras pas. Celui où tu pleures toutes les larmes de ton corps en imaginant que personne, jamais, n’a ressenti cela, et puis bien sûr, tu t’en remets. Il s’appelait Eric.

Je me souviens de ma « première fois ». Nous étions pressés, inquiets, c’était raté. Il s’appelait Anthony.

Je me souviens de ma première histoire, celle qui compte, qui dure. Celle où tu crois être un couple, celle qui te fait croire que tu deviens adulte. Celle où tu te sépares au bout de 4 ans pour grandir un peu. Il s’appelait Jérôme.

Je me souviens de la première fois où j’ai vu celle qui deviendrait ma meilleure amie. C’était la rentrée de terminale, notre prof était absent et nous avons eu ce jour là une conversation enflammée sur l’album que Vanessa venait de faire avec Gainsbourg, nous l’adorions, ce qui était rare à l’époque, et ce premier point commun scella sur le champ une amitié presque siamoise. Depuis 13 ans, c’est douloureux, je ne la vois plus. J’ai fait ce choix. Mais elle restera à jamais la seule femme que j’ai aimée. Comme dans la chanson, elle s’appelait Sarah.

Je me souviens de la première fois où j’ai posé ma tête sur l’épaule de l’homme que j’aime. J’ai su immédiatement qu’il n’y aurait plus que lui, j’ai su que j’étais arrivée là où je devais être. Avec lui toutes les premières fois furent des merveilles absolues. J’en suis tombée éperdument amoureuse. Je n’aime pas dire tombée, j’ai plutôt eu la formidable sensation de m’envoler, enfin. Il a le plus beau prénom du monde.

Je me souviens de la première fois, la seule d’ailleurs, où j’ai vu cette jolie petite croix sur un bâtonnet bleu et blanc. Cette croix annonciatrice de nouvelle vie, celle qui te dit que plus rien ne sera jamais pareil. Il s’appelait ClearBlue.

Je me souviens de la première fois où j’ai pris mon fils dans mes bras et de cette sensation si forte et si nouvelle. Cet amour comparable à aucun autre. Ce sentiment que je ne pourrais jamais l’aimer davantage qu’à ce moment, sentiment chaque jour balayé parce que aussi incroyable que cela puisse paraître, chaque jour je l’aime encore plus que le précédent. Mes premières fois ne me préoccupaient plus, c’était les siennes qui emplissaient dorénavant ma vie : sa première dent, son premier mot, ses premiers pas, ses premiers jours d’école, la maternelle, le CP, bientôt le collège (au secours !).

Sauf que des premières fois à moi, j’en veux encore. Je veux les frissons, je veux les papillons dans le ventre, je veux la tête qui tourne et l’air qui manque.

Malheureusement j’ai peur qu’avec ce salaud de temps qui passe, mes futures premières fois portent des noms que je n’ai pas envie d’entendre… Ma première coloscopie. Ma première séance de chimio. Ma première crise d’arthrose ( ah non ça c’est déjà fait !). Le premier de mes parents qui partira. La première pétasse qui brisera le cœur de mon fils. Ma première journée en maison de retraite. Ma première levrette sur déambulateur.

Je n’ai pas envie de les vivre ces sensations là.

La vie est faite de premières fois. On se construit à grands coups de premières fois. Sauf que j’ai peur que les prochaines soient davantage destructrices et cela m’angoisse terriblement. Moi la championne des montagnes russes émotives, j’ai peur de ne plus rien ressentir d’exaltant, j’ai peur de me faner comme une fleur mal arrosée.

J’ai peur de n’être qu’une de ces feuilles mortes dans lesquelles je shoote en ce moment comme une gamine de 10 ans. Une feuille morte à qui on ne roule plus de pelle.

8 réflexions sur “La première fois

    • Venant de toi, le compliment me va droit au cœur ! Comme quoi il y a toujours de beaux moments à vivre!!!
      Je comprends ce que tu veux dire et je suis d’accord mais je n’imagine rien d’aussi exaltant…

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